NOS PLUS RÉCENTES CRITIQUES :

Off To Nowhere
Forus
Motorleague
Moovalya
Lagwagon

DeeCracks
DLD
Miracles
Planet Smashers
Not Scientists

samedi, novembre 17, 2012

The Rebel Spell : Critique «It’s a Beautiful Future».

Depuis la sortie de leur EP «Four Songs of Freedom» et à la suite de quelques tournées canadiennes, The Rebel Spell a attiré l’attention de bien des amateurs de musique punk à travers le Canada. Ils ont même reçu des éloges du groupe Propagandhi... faut le faire quand même! La sortie annoncée d’un album complet était donc hautement anticipée de la part des fans du quatuor de Vancouver.

En 2011, « It’s a Beautiful Future » paraît, surpassant toutes les attentes… du moins, les miennes. C’est un album phénoménal du début à la fin. Je ne m’attendais pas à être autant interpellé par des propos si concis et une énergie musicale si entraînante. Parce que, non seulement, leurs chansons sont à la fois puissantes et catchy, mais les textes sont carrément révolutionnaires.

Au cœur de chaque punk se trouve, de près ou de loin, le désir d’une société plus libre et plus juste. On a tous quelque part l’envie de réformer toute cette merde, mais il y a souvent de l’égarement et un manque de focus. Ce qui détonne avec « It’s a Beautiful Future », c’est la précision cinglante des propos qui attaquent l’état actuel des choses de la société dans laquelle on vit tout en proposant des idées avant-gardistes. Les textes de Toddserious et de l’ex-bassiste Chris Rebel évitent de tomber dans le piège du pré-mâché, du révolté généraliste et prévisible.

En tant qu’auteur de textes de chansons, quand je lis les paroles de « It’s a Beautiful Future », je ne peux qu’apprécier le focus avec lequel elles sont écrites. J’ai l’impression que quelqu’un réussit enfin à exprimer, en une seule phrase, les millions de pensées et toute la rage que j’ai à l’intérieur face à ce système pourri (entrer dans le détail ici pourrait être très long…). Nos dirigeants ayant grandement contribué à créer une société de plus en plus violente, normal qu’un nombre grandissant de citoyens se radicalisent, et c’est là toute la prémisse de cet album. Tout ça sur une trame sonore qui donne la chair de poule et l’envie de se lancer dans le pit.

Douze morceaux se succèdent, ne donnant aucun répit à l’auditeur. La production est puissante : batterie percutante, roulements de basse incessants, mais judicieusement choisis, et une guitare incisive à souhait. Côté textes, il y a une dynamique qui varie entre la rage et l’espoir, ce qui est quand même assez récurrent dans le punk. La pièce d’ouverture « Beautiful Future » met la table et le ton est lancé avec ironie (« It doesn’t get any safer than 10 million cops […] The borders are sealed you’ll never get out, but believe me there is nowhere better to go. »).

Ensuite, l’excellente « It can’t be just me » décrit le goût amer que les Jeux olympiques de Vancouver de 2010 ont laissé dans la bouche de Toddserious. Il est clair que le système de caméras de surveillance installé dans les rues de la ville par les autorités et laissé en place même après les J.O. le font rager (« I cover my face in public spaces because my photograph is not yours to keep »). L’ajout du piano donne une certaine profondeur musicale et un sentiment d’urgence accentué pour l’auditeur. Pour plus de visuel, je vous invite à visionner le vidéoclip de cette chanson sur YouTube.

Le troisième morceau, « All we want », est une virulente déclaration d’autonomie (« Don’t mistake my desire to avoid you for some kind of pacifist stance. When I figure out what the fuck and how I’ll come across the table and tear you down. »). On y fait brièvement mention de la notion de pacifisme, ce qui m’amène à parler de la quatrième chanson, « Mover of Movers », un des points forts de l’album.

Un facteur important de la mentalité d’un révolutionnaire est le refus de faire des compromis quant à son objectif d’améliorer l’état des choses pour léguer un héritage meilleur aux générations futures. Combien de fois avons-nous entendu la vieille rengaine des autorités qui dépeignent injustement ces révolutionnaires comme des terroristes? Dans « Mover of Movers », on met en perspective cette notion de conviction et son attrait (« This is more powerful than any stupid religion, political trend or hollow tradition. What this boils down to is perception of freedom, singular purpose and sacrifice. »). Le refrain est accrocheur et le solo de guitare, quoique simpliste, reste très efficace. Ce qu’on retient de cette chanson? Hold one thought.

La suite logique, « Current Occupants », fait le procès de ce système désuet de pensée néolibérale qui ne laisse rien d’autre au citoyen que le désespoir («We’re the current occupants of the most desperate present ever. »). Encore une fois, la portion rythmique – notamment la basse – est très «rentre-dedans».
La chanson suivante est selon moi la plus excitante de l’album. « Uncontrollable » commence avec une ambiance musicale de plusieurs pistes de violon en fond de plan. Puis, le violon principal, par cordes pincées, entame à un rythme lent ce que l’on reconnaîtra plus tard comme la ligne mélodique reprise par les voix lors du refrain. Cet hymne frénétique s’accélère durant quelques secondes jusqu’à l’ajout de la guitare électrique. Subitement, on comprend tout. Pareil comme lorsqu’on est au sommet de l’ascension d’une montagne russe. Trop tard pour un retour en arrière.
Puis tout le groupe attaque avec férocité.

Je veux réitérer mes propos mentionnés plus tôt quant à la violence et à la radicalisation d’un groupe de plus en plus grandissant de notre société. Pousse les citoyens à bout et il y aura inévitablement un retour de balancier, tôt ou tard. Je ne suis pas en train de faire l’éloge de la violence gratuite. Au contraire, il y a un caractère profondément humain dans la révolte sociale. The Rebel Spell, dans sa plaidoirie, vient rappeler aux autorités qu’il ne faut jamais sous-estimer ceux qui n’ont plus rien à perdre (« A cornered animal never lies down to die. Revolt is still possible without any hope. There’s an element you can’t forget. Uncontrollable. Not me, not today. »).

Je l’avoue, la première fois que j’ai lu les paroles de cette chanson, j’ai été troublé. Dès l’enfance, on nous enseigne que le concept de violence a toujours une connotation négative. Que cette violence est loin de nous et qu’il ne faut pas s’en approcher. Qu’elle n’est pas à notre portée de toute façon. « Reste docile et tu deviendras peut-être le consommateur idéal. » Comme si la violence, c’était leur département.

La société violenterait les individus, qui en retour, se radicaliseraient? Notre printemps érable en a clairement fait la preuve. La violence rebelle, dans ce contexte, sans prendre une connotation positive, devient quand même vite un facteur inévitable et c’est ça qui m’a troublé. Elle est inévitable. Mettre en perspective le concept de violence… qui oserait? Pourtant, les paroles de « Uncontrollable » le font très bien (« Arrogance has cost you before. We are defiant nothing more. […] Ask murdered Tsars, dead prison guards, cops torn apart or burnt in their cars, mining corps who only dug their own graves, the overconfident made to pay. »). Des propos qui peuvent sembler violents, surtout lorsqu’on refuse de voir la vérité en face…

Bon, après « Uncontrollable », j’ai besoin de plus léger, mais pas trop quand même. Ça reste The Rebel Spell. Sur une tonalité majeure, souvent associée à une musicalité « positive », le groupe enchaîne avec « Feel the same ». L’auditeur est interpelé directement et le courant passe très bien.

« M.I.S.S. (Most Ineffective Secret Society) » déferle ensuite. Toddserious est une véritable usine à mots, mais le contenu reste pertinent. Cette fois-ci, il s’attaque à l’« industrie académique scientifique », aux autorités de l’éducation qui, au lieu d’utiliser leurs découvertes et de les vulgariser pour le public dans l’objectif d’améliorer la qualité de vie de tous, préfère la garde du pouvoir et de l’argent (« Flying the world to speak only to each other, huddled up like cliquey children. Private language in a feedback loop. History’s most ineffective secret society. »).

Ensuite, la pièce Tragedy apporte une dimension personnelle aux textes de cet album. Il s’agit ici d’une discussion entre deux individus – pourrait-on supposer deux frères? Leur argumentation a comme forme la gauche vs la droite. Sur le fond, on s’accuse mutuellement de la même faute, celle de s’être fait laver le cerveau par ses pairs. La gauche parle (« Free your mind »), la droite parle (« Find some order »), puis il y a un humble consensus (« We both need to take a look at each other »). Excellent duo avec Troi Poison, qui offre une performance vocale bien sentie.

Sur « No Thanks », la formule musicale ne change pas. Les roulements de basse sont une signature caractéristique du groupe et viennent bien complémenter les mélodies vocales. Le contenu? On y dénonce la religion, l’armée et toute forme de contrôle qui revendique le statut de sauveur des humains (« You’ve said things like we’re salvation […] but all you’ve ever brought is trouble, murder and disease. »).

L’avant-dernière chanson « Murderers » traite de cruauté envers les animaux et de la condescendance humaine qui relègue l’animal au rang de sous-race exploitable. Les chœurs de la fin, orchestrés de façon impeccable et entrecoupés par les cris de Toddserious, ramènent ce sentiment d’urgence mentionné plus tôt. On entend presque ce dernier pleurer de rage (« I’m sorry that it took me so long to get it. All unmighty things should parade across your conscience. Why did no one tell me? »).

La chanson qui vient clore ce puissant album est une reprise de l’auteur-compositeur anglais Leon Rosselson, « The World Turned Upside Down ». Vous avez peut-être déjà entendu cet hymne repris par Billy Bragg. Cette fois-ci, The Rebel Spell redonne un souffle de vie à cette « protest song ». Je vous invite à comparer les trois versions, l’exercice est très intéressant.

Je vous recommande vivement cet album. À écouter avec le livret en mains. Bravo également aux artistes visuels pour les illustrations magnifiques de ce livret.

J’ai beau retourner à tous mes disques punk, aucun n’est jamais venu me chercher comme « It’s a Beautiful Future » l’a fait. Avec la crise sociale qu’on a eue ce printemps, j’imagine que le timing devait être parfait… (9 tie-wraps sur 10.)

(Écrit par : Frank)


LIENS DES SITES :
Site Web : Therebelspell.com
Myspace : Myspace.com/therebelspell
BandCamp : Therebelspell.bandcamp.com
Facebook :  Facebook.com/therebelspell

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire